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 Chroniques et souvenirs de Ban Akavirion

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Ban Akavirion
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MessageSujet: Chroniques et souvenirs de Ban Akavirion   Mar 20 Jan - 19:48

Bar frauduleux et bâtons de la mort


La porte du "Sénateur Aguiché" s'ouvrit à la volée, laissant pénétrer dans le petit établissement quatre adolescents aux tenues débraillées. Tous les yeux se retournèrent vers l'entrée, tandis que les jeunes humains se frayaient un chemin entre les tables populeuses. Tout le bistrot était saturé par un mélange d'odeurs d'urine et d'alcool, et le bruit omniprésent émanant de tous les côtés aurait donné la migraine à tous ceux qui tenaient encore sur leurs jambes. Les quatre jeunes hommes s'assirent à une table dans l'angle le plus retiré de la salle, qu'un binôme d'aliens Ithoriens venait d'abandonner, et posèrent leurs postérieurs sur la vieille banquette moisie et véreuse. Ce bar comptait parmi les plus vieux et les moins fréquentables de la capitale, et c'était sur un coup de tête que les gars avaient décidé de s'y rendre. Ban jeta un regard suspicieux à Galbg. Lui qui prétendait connaître ce bar comme sa poche avait tout à coup l'air moins sûr de lui, la tête basse et les yeux rivés sur ses deux mains. Ils restèrent tous les quatre silencieux, pendant environ deux minutes, puis Gas se força enfin à briser le silence, parlant d'abord à voix basse, pour ses trois compagnons :

"Bon, maintenant qu'on y est, autant y rester les mecs. On dirait qu'tout l'monde a arrêté d'nous fixer, on fait partie d'la masse... Qui va prendre une bibine ?

Les regards se tournèrent vers Ban. Celui-ci serra les dents et tapa du poing sur la table :

- Putain, les gars, c'est moi tous les soirs. Comptez plus sur moi ! Galbg tu connais l'barman, c'est toi qui vas au comptoir.

Le jeune homme marmonna quelque chose dans sa barbe naissante, puis il leva les yeux vers ses amis, avant de se lever nonchalamment.

- Alors les Muftaks, vous prendrez quoi ?

Tous les quatre ricanèrent faiblement, puis Ban lui fit sa commande :

- T'emmerde pas pour moi, ça s'ra un Fizzyglug.

- De même.

Il y eut tout à coup un silence, et Galbg, Ban et Gas se tournèrent vers le quatrième, qui était nonchalamment affalé contre le mur.

- Oh, Nevosi ! Tu prends quoi ?

- Moi ? Oh bah... Allez une membrosie.

Galbg s'en contenta, et rabattit son capuchon sur sa tête, allant d'un pas peu assuré vers le comptoir. Ses trois amis le fixèrent un instant, et tout bas, Ban glissa quelques mots à Gas :

- Eyh, il le connaît vraiment ce bar ?

Son meilleur ami retint à peine un rire énorme, avant de reprendre :

- Oh, mes couilles mon gars ! Il a jamais mis un pied ici. Un mito d'plus, c'est plus fort que lui... Et après il crie sur tous les toits qu'sa mère s'est fait prendre par un pirate et qu'il est né trois mois après !

- Humm, ça lui aurait pris neuf mois, pas trois.

- Ha mais ouais en plus ! T'entends ça Nev ?"

Pour toute réponse, Nevosi bougonna un peu, avant de refermer les yeux, sa tête appuyée contre le mur de la cantina. Ban et Gas échangèrent un regard complice. Ils ne connaissaient pas vraiment Nevosi, c'était un gars que Galbg leur avait ramené, et ils avaient gracieusement accepté qu'il les suive à cette soirée peu recommandée pour des jeunes gens de leur rang. En effet, tous étaient nés de parents au moins millionnaires et avaient été placés, mis à part Nevosi, dans la même école pour fils de riches. C'est ainsi que Ban, Gas et Galbg s'étaient rencontrés. Cette excursion dans les quartiers mal famés était donc secrète, et si par hasard leurs parents en avaient mot, ils pourraient dire adieu à leur argent de poche... Galbg revint soudain du bar, la capuche rabaissée et le visage illuminé, deux chopes dans chaque main. Ban se décala pour lui laisser de la place, et le jeune homme s'assit à ses côtés, en face de Gas. Celui-ci s'apprêtait déjà à savourer la boisson, mais Galbg lui fit une tape vigoureuse sur la main.

"Eyh là, attends un peu, on est pas des tapettes ! lâcha-t-il d'un air plein de sous-entendus.

- Qu'est-ce-que tu veux dire ? l'interrogea Gas, ahuri par autant d'aisance.
Galbg tira sa main de sa poche, et posa sur la table deux petits tubes plastiques, renfermant chacun une étrange substance liquide rouge. Ban et Gas écarquillèrent les yeux, tandis que Nevosi regardait la "chose" avec un peu de retrait. Enfin, Ban s'enquit d'une voix tremblante :

- C'est des vrais ?

- Evidemment.

- Putain.

- Tu l'as dit...

- Mais ça t'a coûté combien ?

- Trente crédits. Le barman est intraitable.

- Eyh bah...

- Bon, vous attendez l'déluge ? Oh pis merde, j'vous sers, et surtout refusez pas, ça m' a coûté la peau du cul."

Galbg prit un premier bâton de la mort, et cassa le haut de la capsule plastique. Il saisit alors la chope de Gas, et versa sous ses yeux épouvantés la motié de la substance dans le succulent fizzyglug. Il fit ensuite de même avec le breuvage de Ban, et réitéra la manipulation avec le deuxième bâton, qu'il partagea entre son fizzy et la membrosie de Nevosi. Ses gestes étaient discrets et précis, il évitait d'attirer l'attention sur cette nouvelle activité, qui dépassait ses amis. Eux qui avaient toujours cru avoir affaire à un enfant de choeur doublé d'un chérubin fils à Papa... Le liquide rouge se mélangea lentement aux boissons, tel une pieuvre vorace vampirisant toute forme de vie autour d'elle. Devant l'indécision de ses amis, Galbg redoubla de persuasion :

"Allez les gars, rien qu'une fois. Le sage dit toujours que pour mourir en paix, il faut avoir affronté les deux côtés de la force... Mais putain allez-y ! Vous êtes pas des sous-merdes, non plu !"

Il s'adressait exclusivement à Ban, à sa droite, et à Gas, en face de lui. Nevosi, pour sa part, se contentait de regarder le dilemme, esquissant un sourire malin, lui qui somnolait innocemment, cinq minutes auparavant.

"Oh pis allez, testons nos limites ! Ban porta voracement sa chope à la bouche, et but goulûment une gorgée.

- Allez Gas, c'est ton tour.

- ... C'est vraiment parce que Ban le fait. Il imita son comparse.

- Oh... Pu... Put...

Ban s'était avachi dans la banquette, le regard vide et le teint blafard. Tandis que le liquide chaud et sournois descendait le long de son oesophage, il se sentait tétanisé, comme si tous ses muscles l'abandonnaient à son sort. L'euphorie lui montait au cerveau, et lorsqu'il tourna la tête, il écarquilla les yeux, en s'apercevant qu'un Soldat Clone se tenait là où Galbg était assis quelques instants auparavant. Il éclata de rire, et le Clone riait avec lui, son impressionnante armure se soulevant à chaque fois que sa cage thoracique tressautait. Sa voix déformée et ridiculement grave, parvenait alors aux oreilles de Ban :

" shock trooper Ha ha, marrant, n'est-ce-pas mon p'tit Soldat ?"

Le jeune humain riait de plus belle, et un univers idéal se déroulait devant ses yeux ébahis. Peu à peu, il eut l'impression de s'éloigner de la salle sombre du "Sénateur Aguiché", et d'être avalé dans le vide sidéral. Il lui était impossible de savoir comment le temps passait, il n'avait plus que la notion du rire et du plaisir. Il nageait maintenant quelque part dans l'espace, au dessus de planètes aux formes et aux couleurs loufoques, et il évitait avec hilarité les centaines de bulles oranges qui fusaient telles des astéroïdes dans le vide. Puis bientôt, il distingua la silhouette massive d'un croiseur stellaire. Le vaisseau de guerre stationna alors au-dessus de lui, et soudain, un sas s'ouvrit, et les formes distinctes d'un groupe de Clones vinrent à sa rescousse. On l'entourait, on le prenait par les bras et les jambes, et on le portait dans les couloirs populeux du formidable Acclamator.

" ParaTrooper Ca va aller mon pote, ça va a..."

Ses camarades Clones le mettaient sur un brancard et lui faisaient avaler des kilomètres de corridors aux murs couverts de toiles représentant des scènes érotiques et particulièrement perverses. Il sentait alors monter en lui une force indicible, et tandis que certains de ses membres se raidissaient, il se mettait à hurler : "J'ai envie d'baiser, j'veux baiser tout d'suite !" ...

"Ca peut s'arranger..."

La suite de son euphorie semblait plus confuse, mais ce dont il était certain, c'était qu'elle n'était pas moins agréable que tout ce qui avait précédé...

Quand il émergea de son étrange rêverie, Ban était allongé sur le ventre, sur des draps qui n'étaient apparemment pas les siens. Il avait affreusement mal à la tête, et c'est avec un effort désarmant qu'il parvint à ouvrir les yeux. En temps normal, il aurait sursauté, mais son état de gueule de bois (qui s'apparentait même plus à une gueule de tombe) l'en empêcha. Il se trouvait nez à nez avec une charmante Twi'Lek, qui, profondément endormie, était parfaitement nue, ses formes assoiffantes se profilant dans la lumière de l'aube. Léthargique, Ban resta une bonne demie-heure à contempler ses magnifiques seins et son ventre plat, tous ces attraits qui l'avaient probablement séduit, dans la soirée qui avait précédé sa nuit de folie. Le jeune humain eut enfin l'idée de regarder la pièce dans laquelle il se trouvait. Une chambre à coucher. Il ne faisait d'ailleurs aucun doute que ses amis avaient fini comme lui : sur un lit à l'autre bout de la pièce, Galbg et Nevosi entouraient une Togruta, non moins charmante, et dans le troisième et dernier lit, Gas reposait paisiblement dans les bras de deux charmantes créatures de race humaine.

"Sacré Gas, hein, sacré Gas..." marmonna Ban, le doigt levé vers son acolyte, avant de se blottir plus près de sa ravissante Twi'Lek. Il se rendormit finalement, avec dans la tête l'idée que les bâtons de la mort avaient du bon, et les colocations de jeunes femmes, encore davantage...

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Ban Akavirion
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MessageSujet: Re: Chroniques et souvenirs de Ban Akavirion   Mer 4 Nov - 18:18

Désillusions et speeder de luxe



"Messieurs, on a des clients devant le hall ! Pressons !"

Deux jeunes Humains et un Gran passèrent le comptoir du Grand Hôtel, et, en toute hâte, sortirent du hall pour aller à la rencontre des clients garés dehors.

Le fastueux édifice était bâti sur une très grande butte des quartiers fortunés de Bastion, et sur ses courbes s'étendaient des jardins paisibles et des bassins aux eaux limpides, que seuls des vacanciers richissimes, célébrités, officiers en permission et hommes d'affaires fortunés avaient le luxe de longer. La petite route qui serpentait dans les collines se terminait par une très large voie et un grand trottoir en face du grand hall de l'hôtel.

Il était rare de voir des clients arriver à une heure aussi tardive, mais les deux grooms et le voiturier, qui constituaient le service de nuit, s'étaient depuis bien longtemps accoutumés à leur travail nocturne et monotone. Ban Akavirion le voiturier ne faisait même plus attention à leurs accoutrements, ces ridicules costumes rouges qui leur serraient les fesses. Ils s'engagèrent sur le grand trottoir et vinrent à la rencontre du couple qui descendait du speeder de luxe.

"Soyez les bienvenus, Madame, Monsieur, au Grand Hôtel du Joyau de Tingel, lança courtoisement le Gran avec une révérence gracieuse, en dépit de sa taille et de son apparence grossière. Avez-vous des bagages à nous confier ? Quelle suite avez-vous réservée ?

Un officier impérial haut gradé, reconnaissable à son uniforme, sa casquette recouvrant ses cheveux grisonnants, ainsi qu'à ses galons, sortit péniblement de la voiture, et, sous l'emprise d'une ivresse joyeuse, mais modérée, considéra les deux Humains et le Gran avec impériosité et répondit sur le ton de la boutade :

- Diantre, ces uniformes ne sont pas coquets ! L'Empire devrait rendre les siens obligatoires, même dans le service hôtelier... Les deux valises de Madame sont dans le coffre. Prenez soin du véhicule, il n'est pas à moi. De grâce, Gercilia, levez-vous !

Ban crut rêver. Un rire de femme s'éleva de la banquette arrière.

- Je n'puis me lever seule, par pitié aidez-moi donc !

Tandis que les deux grooms s'affairaient à sortir du coffre les deux énormes valises, l'officier extirpait à grands éclats de rire sa maîtresse de la voiture. Celle-ci, femme splendide aux cheveux bruns attachés et au teint pâle, tituba sur le trottoir en pouffant davantage. Le voiturier avait reconnu sa mère, ivre morte.

- Nous y sommes Gercilia, c'est ici que j'ai réservé la suite... Allons, accrochez-vous à moi. Il prit sa maîtresse par la taille afin qu'elle se tienne droit, et jeta un regard sévère au voiturier :

- La clé est sur les commandes. S'il arrive quelque chose à ce véhicule, je m'arrangerai pour que vous passiez le restant de vos jours en prison, à manger avec une paille..."

L'officier susurra quelques mots doux à Gercilia, et, tout en marchant avec difficulté vers le hall, se mit à lui mordiller l'oreille et peloter ses fesses avec insistance. Celle-ci n'en finissait plus de rire, tout en émettant des phrases hachées et en lui tapant sur l'épaule pour repousser ses avances un peu prématurées. Elle n'avait même pas reconnu son fils.

Alors que les deux grooms leur emboîtaient le pas, chacun luttant pour porter une des énormes valises, l'un d'eux stoppa la marche et s'adressa au voiturier en haletant, voyant son immobilité et le regard mauvais qu'il jetait à l'Impérial :

"Et... Pfiouu... Qu'est-ce-que t'attends ?... Ça va pas ? Ban ?

Totalement absent, Ban réalisa soudain que son meilleur ami lui parlait.

- Excuse-moi Gas... J'réfléchissais. C'est cet Impérial, pour qui s'prend-il ?...

- Bah, disons qu'il a ses privilèges. Et puis cette femme, elle est plus toute jeune, mais quelle beauté. Il va bien s'la farcir cet empaffé... Eh mais ? D'ailleurs, j'crois la connaître ! Oh mais, Ban, ce s'rait pas ?...

- La ferme Gas..."

Visiblement en proie à une colère difficilement retenue, il s'engouffra dans le véhicule, mit le contact et démarra en trombe. Il ne passerait par le garage. Il fallait qu'il prenne l'air.

Une demi-heure plus tard, Ban était assis en tailleur sur le capot du speeder, les mains appuyées sur la carrosserie jaune, en train de contempler du haut d'une colline boisée les tours de la capitale, scintillant dans une nuit sans lune. Il y avait près de deux ans qu'il n'avait plus revu sa mère. Suite à un divorce chaotique et médiatisé, Gercilia Troan, comédienne célèbre, avait définitivement coupé les ponts avec son mari, riche patron travaillant dans l'industrie pharmaceutique, et dont on s'était laissé dire qu'il avait le nez dans certaines magouilles intergalactiques...

Depuis, Gercilia avait arrêté le cinéma, "momentanément" proclama-t-elle un jour dans les médias. Certaines rumeurs établissant ses liaisons tourmentées et très passagères avec des hommes riches, et sa chute dans l'alcool, avaient filtré jusque chez les Akavirion, qui, de toute évidence, avaient tiré un trait sur cette femme d'exception. Les souvenirs étaient enfouis, parfois à tout jamais, et parfois pour ressurgir dans des moments de nostalgie douce et amère. Et pourtant, combien de fois Ban ne s'était-il effondré en sanglots, se traînant dans les couloirs de la demeure Braxanne, humant chaque centimètre de cette moquette qu'elle avait autrefois foulée, chaque mur qu'elle avait effleuré ?

Cette nuit-là, affaissé sur le speeder, Ban ne pleurait pas. Il manifestait trop de dégoût pour chialer, et moins pour sa mère que pour cette époque d'individualisme, de conflit et de violence, qui confinait les gens dans une atmosphère de tension et de débauche.

A dix-sept ans, Ban n'avait plus rien de l'enfant espiègle qu'il avait été. Il se haïssait, de n'avoir fourni aucun effort à l'école, d'avoir tout lâché pour un boulot minable et fastidieux, et d'avoir toujours été joyeux et naïf au point de croire que, parce que Papa avait réussi, il réussirait aussi sans effort, et pourrait toujours compter sur Papa pour le sortir des mauvais pas.

Plus que tout, il désirait sa mère, même sa simple présence, et son étreinte, qu'il avait trop tôt repoussée. Amusé, il pensa soudain qu'après tout, il n'était peut-être pas sorti du complexe d'Oedipe. Il pouvait faire semblant de la détester, dans les bras d'un Impérial, dans des soirées mondaines, libertines, où qu'elle soit, mais il ne pouvait simplement supporter l'idée qu'elle l'oublie.

Il irait reconquérir l'amour de sa mère, c'était par là que commençait sa quête du bonheur retrouvé.

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